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La torsion utérine chez la jument

La torsion utérine chez la jument est une urgence, qui nécessite une prise en charge immédiate par un vétérinaire équin. Elle peut survenir dans les trois derniers mois de gestation ou au moment du poulinage.

Qu’est-ce qu’une torsion utérine ?

Une torsion utérine est une rotation spontanée et le plus souvent irréversible de l’utérus gestant, en avant du col de l’utérus. En effet, l’appareil génital ne flotte pas dans l’abdomen de la jument : il est solidement suspendu par des structures appelées « ligaments larges » qui s’étendent des 3ème et 4ème vertèbres lombaires jusqu’à la 4ème vertèbre sacrée et s’attachent sur la partie dorsale des cornes utérines. Ils renferment les artères, veines et nerfs utérins. C’est la longueur de ces ligaments suspenseurs qui permettent la rotation.

Schématisation d’une torsion

Il est probable que les torsions utérines soient dues aux mouvements du fœtus dans l’utérus durant la gestation, mais cette hypothèse n’a jamais été vérifiée. Sont également évoqués un abdomen large et profond, un fœtus de taille importante, une chute de la jument, un manque de tonus de l’utérus…

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les juments âgées, ayant porté de nombreux poulains, et dont les ligaments larges se seraient détendus de manière excessive, ne sont pas les seules concernées par la torsion utérine : cette affection peut toucher les juments de tout âge, dès la première gestation. Elle est plus fréquente chez les chevaux lourds (type chevaux de trait).

Comment se manifeste une torsion utérine ?

Les symptômes de la torsion utérine sont assez peu caractéristiques si elle se produit dans les 3 derniers mois de gestation : la jument présente des signes d’inconfort et de coliques modérées mais répétées, elle mange moins, elle est nerveuse et inquiète. Fréquemment, elle frappe le sol d’un postérieur ou se place dans un coin du box et se frotte l’arrière-main sur le mur. Il arrive que les juments expriment ces signes au moment où la torsion se produit, puis plus rien alors que la torsion est toujours présente !

> Une torsion doit être suspectée en cas de coliques à répétition qui ne passent pas avec des antispasmodiques.

Lorsque la torsion survient au moment du poulinage, les symptômes sont plus évidents : la jument pousse de manière infructueuse.

Comment mettre en évidence une torsion utérine ?

La seule façon de diagnostiquer une torsion utérine est de procéder à une palpation transrectale, en introduisant une main gantée et lubrifiée dans le rectum de la jument : elle met en évidence un utérus douloureux (sa palpation provoque des réactions de défense de la part de la jument) et une modification de la tension et de la position des ligaments larges. Les ovaires sont également déplacés. La torsion est généralement comprise entre 40 et 180°, mais elle peut aller jusqu’à 540° (l’utérus a fait un tour et demi !). Elle se produit indifféremment à gauche, c’est-à-dire dans le sens opposé à celui des aiguilles d’une montre, vu de l’arrière de la jument (l’ovaire droit est alors déplacé vers la gauche) ou à droite. Le diagnostic du sens de la rotation se fait par palpation des ligaments larges.

Torsion utérine droite ou gauche, vue de l'arrière de la jument (d'après C. Bussy)

> L’observation du vagin au spéculum n’apporte pas d’information précise, les torsions se produisant en avant du col, elles n’impliquent ni le col ni le vagin (même s’il existe, de façon exceptionnelle, des torsions en arrière du col).

Est-ce que c’est grave ?

La torsion utérine entraîne des troubles de la circulation sanguine par compression des vaisseaux utérins et placentaires. Deux types de complication sont alors possibles :

  • la dévitalisation de l’utérus due à la diminution de la perfusion sanguine,
  • une diminution de la quantité d’oxygène apportée au fœtus à l’origine d’une mort in utero ou de complications néonatales du type syndrome de maladaptation du poulain nouveau-né s’il survit.

> L’issue peut être dramatique en cas de rupture de l’utérus ou de l’artère utérine : l’hémorragie entraîne la mort de la jument en quelques minutes.

On estime que 4 juments sur 5 et 1 poulain sur 2 survivent à une torsion d’utérus si un traitement d’urgence est mis en place. La plupart des juments ayant survécu à une torsion reproduisent ensuite normalement. Les chiffres sont moins bons si la torsion survient après le 320ème jour de gestation.

> Les poulains nés après une torsion doivent être surveillés encore plus attentivement que les autres, au moins pendant les 7 jours qui suivent le poulinage.

Que faut-il faire ?

La torsion utérine est une urgence absolue.

  • Si la torsion se produit pendant le dernier tiers de la gestation, la seule solution envisageable, et sans danger pour le fœtus, est de pratiquer une « laparotomie ». Après avoir tranquillisé la jument (anesthésie locale et péridurale), le vétérinaire procède à l’incision de son flanc, de préférence du côté de la torsion. Il introduit la main dans la cavité abdominale, passe sous l’utérus, prend appui sur un relief osseux du fœtus (la pointe du jarret par exemple) et le fait tourner. Si l’utérus est très gros ou le poulain très lourd, il est possible d’ouvrir des deux côtés pour que deux opérateurs puissent effectuer la manipulation.
    Si le fœtus est vivant et que la paroi de l’utérus n’est pas trop abîmée, la jument a de grandes chances de mener sa gestation à terme et de pouvoir reproduire plus tard. Par contre, si l’utérus est très congestionné et/ou si le poulain est mort, le vétérinaire pratiquera une césarienne : la paroi de l’utérus est ouverte et le fœtus extrait avec toutes ses annexes (placenta, liquide amniotique, membranes, cordon ombilical…).
    Il est préférable que ces interventions se fassent dans une clinique vétérinaire, si la jument est jugée transportable.

> Il arrive malheureusement que la jument avorte dans les jours ou les semaines qui suivent une détorsion pourtant réussie.  

  • Si la torsion survient au moment du poulinage, le vétérinaire réduit la torsion manuellement, sur la jument debout : il introduit le bras dans l’utérus de la jument,  prend un appui ferme sur une épaule ou une cuisse du poulain et imprime un mouvement de balancier. Le plus souvent, il lui suffit d’accompagner sur 90°, puis la dé-rotation se poursuit spontanément. Le vétérinaire peut se faire aider du propriétaire, qui applique une pression externe sur le flanc pour accompagner la dé-rotation.
    Si cette manœuvre échoue, on peut tenter de « rouler » la jument, sous anesthésie générale. Le vétérinaire couche alors la jument (sur le côté droit si la torsion est à droite) et la fait rouler de droite à gauche autour de son utérus tout en maintenant le poulain à l’aide d’une main introduite dans l’utérus.
    Dans la majorité des cas, le poulinage se termine ensuite normalement.

> Il est bien sûr évident que toutes ces interventions ne doivent être pratiquées que par une personne expérimentée. Une erreur de manipulation peut entraîner la rupture de l’utérus et/ou des complications gastro-intestinales graves.

Une césarienne s’impose si le fœtus est trop en avant, si le col de l’utérus n’est pas suffisamment ouvert, si la jument est trop lourde pour être manipulée ou si la rotation de l’utérus est importante (plus de 180°).

Surveillez de façon attentive et constante une jument gestante, pour agir au plus vite en cas de problème. Le pronostic vital de la jument et de son poulain en cas de torsion utérine est meilleur si le traitement adéquat est instauré rapidement.